Notre Histoire

La Petite-Raon : un village forgé par l’eau, la forêt… et le temps

Quand on arrive à La Petite-Raon, nichée entre les courbes douces des Vosges et les méandres du Rabodeau, on a le sentiment d’entrer dans un lieu qui parle à voix basse, mais dont les murs, les forêts et les rivières ont beaucoup à raconter.

Une origine liée aux éléments

L’histoire de La Petite-Raon commence bien avant les premières pierres. Elle naît dans un paysage sculpté par l’eau et dominé par la forêt. Le nom du village, attesté dès 1489 sous la forme lai petitte rawon, ne doit rien au hasard. Le mot raon, en vieux français ravon, désigne un confluent, une zone où deux cours d’eau se rejoignent. Ici, le Rabodeau rencontre un petit ruisseau nommé la Rochère, et c’est à cette intersection naturelle que s’est fixé le village. Le qualificatif Petite ne traduit pas une moindre importance, mais permet simplement de distinguer cette localité de Raon-l’Étape, plus grande et plus ancienne, située quelques kilomètres en aval.

Ce lien avec l’eau et la nature a toujours façonné la vie des habitants. Le paysage, à la fois généreux et exigeant, a dicté les premiers modes de vie, les choix d’implantation et les premiers métiers.

Des racines médiévales

Avant le Moyen Âge, les traces humaines sont rares. Aucun vestige gallo-romain n’a été identifié sur le territoire communal. Pourtant, la proximité d’anciennes voies, notamment la voie romaine reliant la région de Saint-Dié à la plaine, suggère que des hommes et des femmes ont arpenté ces terres bien avant que le village ne prenne forme.

C’est entre le XIᵉ et le XIIIᵉ siècle que La Petite-Raon commence à s’ancrer durablement dans le paysage. Les premières habitations apparaissent, souvent modestes, construites à la lisière des forêts. À cette époque, tout repose sur l’exploitation des ressources naturelles. Les bois alentours fournissent du combustible pour les charbonniers, de la matière première pour les scieurs de long, et l’énergie pour faire tourner les moulins. L’eau est utilisée, canalisée, respectée. Elle fait vivre, elle fait travailler.

Au rythme des puissants

Jusqu’au XVIIᵉ siècle, La Petite-Raon appartient au comté de Salm, une petite principauté indépendante aux frontières mouvantes. En 1600, le village est rattaché au duché de Lorraine, puis entre dans le royaume de France à la fin du XVIIIᵉ siècle, dans le grand mouvement de centralisation qui accompagne la Révolution.

C’est à ce moment que La Petite-Raon acquiert son statut de commune. Elle est rattachée au canton de Senones, et entre officiellement dans la modernité administrative.

Le souffle de l’industrie

Le XIXᵉ siècle marque un véritable tournant pour la commune. Tandis que la Révolution industrielle transforme les paysages ruraux, la vallée du Rabodeau devient un axe majeur de développement textile. Filatures et tissages s’installent, profitant de la force motrice des rivières. Les bâtiments changent, les sons se transforment : les marteaux et les roues à aubes rythment désormais les journées.

La population croît. Le village s’anime. L’édification de l’église Saints-Sébastien-et-Quirin, entre 1857 et 1865, en est le symbole : une architecture solide, une foi vivante, et une communauté en pleine expansion.

Au début du XXᵉ siècle, le progrès continue. Le tramway reliant Moussey à La Petite-Raon est mis en service. Il transporte non seulement des marchandises, mais aussi des espoirs, des idées nouvelles et une certaine ouverture au monde extérieur.

Le choc de la guerre

Mais l’histoire n’épargne pas La Petite-Raon. En septembre 1944, dans le contexte de la répression contre le maquis de Viombois, le village vit une épreuve terrible. Près de 200 habitants sont arrêtés et déportés. C’est une blessure profonde, un souvenir douloureux que la commune porte encore en elle.

En reconnaissance de son sacrifice, La Petite-Raon reçoit la Croix de guerre 1939-1945. Une décoration lourde de sens, qui honore le courage silencieux d’un village rural frappé de plein fouet par la barbarie.

La lente érosion industrielle

Les années d’après-guerre apportent un souffle nouveau, mais il est de courte durée. Dès les années 1960, la crise de l’industrie textile touche la vallée. Les usines ferment progressivement, les emplois disparaissent, les jeunes quittent le village pour trouver un avenir ailleurs. La population, qui atteignait plus de 1 700 habitants au XIXᵉ siècle, décline doucement jusqu’à environ 740 aujourd’hui.

Une identité préservée

Et pourtant, La Petite-Raon n’a jamais perdu son âme. Ce n’est pas un village figé, mais un lieu qui vit autrement, avec plus de discrétion peut-être, mais toujours avec fierté.

Les paysages, eux, restent majestueux. La forêt veille, les cours d’eau murmurent. Les murs des anciennes usines racontent encore les heures d’effervescence. L’église continue de rassembler. Et les habitants, fidèles à leur histoire, poursuivent ce que d’autres ont commencé : faire de La Petite-Raon un village où il fait bon vivre, où la mémoire a sa place, et où chaque génération ajoute une pierre à l’édifice commun.